Construire pour reconstruire

Stora Enso ouvre la voie à la circularité dans la construction bois, transformant le bois de réemploi en solutions constructives à grande échelle.

Le bois lamellé-croisé (CLT) fabriqué à partir de bois de réemploi n’est plus un simple idéal en matière de développement durable. Grâce à Stora Enso et au projet européen Woodcircles, le CLT circulaire devient une réalité, et la prochaine étape consiste à le développer à grande échelle.

Stora Enso a franchi un jalon clé le cadre du projet Woodcircles financé par l’Union européenne, en produisant avec succès un panneau en CLT entièrement réalisé à partir de bois de réemploi. Cette avancée, réalisée sur le site de Ybbs en Autriche, constitue une étape majeure dans la transition vers la construction circulaire et démontre le potentiel du bois revalorisé pour des applications à haute performance.

Woodcircles est une initiative européenne de quatre ans, soutenue par le programme Horizon Europe, réunissant 20 partenaires à travers le continent. Le projet explore comment le bois peut être récupéré, retransformé et réintégré dans le secteur de la construction, sans compromettre ni son intégrité structurelle ni la liberté architecturale. 

De la démolition à la démonstration 

Le processus a débuté avec un lot de bois de récupération collecté par un partenaire du projet, l’entreprise Enemærke & Petersen A/S, transformé en planches standardisées sur le site de Ybbs, en Autriche. Ces planches ont ensuite été triées, rabotées, puis transformées en lamelles pour créer les couches de bois utilisées dans la production de CLT. En collaboration avec le Danish Technological Institute (DTI), Stora Enso a fabriqué deux panneaux CLT en taille réelle : l’un entièrement constitué de bois de réemploi, et l’autre hybride, combinant bois de réemploi et bois vierge.

Ces panneaux seront au cœur de la structure d’un bâtiment modulaire de démonstration conçu par Waugh Thisleton Architects, qui sera assemblé, démonté, puis réassemblé dans plusieurs villes européennes. Ils serviront à démontrer, à grande échelle, la faisabilité de la construction circulaire en bois.

« Sur le papier, le processus semblait simple, mais en pratique, il a nécessité un apprentissage rapide », explique Michael Harm, chef de projet Woodcircles chez Stora Enso. « La pression du marché pour passer d’une utilisation linéaire à une utilisation circulaire des matériaux s’intensifie, et ce projet nous aide à franchir des étapes concrètes dans cette direction. »

Tout premier panneau CLT entièrement fabriqué à partir de bois de réemploi (ci-dessous). ©Stora Enso
Photo : ©Waugh Thistleton Architects
Photo : ©Waugh Thistleton Architects

Les écueils liés à la qualité

Si ces panneaux constituent une réussite technique, leur production à grande échelle soulève des défis majeurs. Le bois de réemploi présente une qualité très variable, peut contenir des contaminants, et n’est pas toujours disponible en quantité ni en qualité suffisantes. Le tri, le nettoyage et le classement exigent de nouveaux procédés industriels, ainsi que de nouveaux acteurs de la chaîne d'approvisionnement capables de fournir, à grande échelle, un bois récupéré d’une qualité équivalente à celle des fabricants comme Stora Enso.

« Ce n'est que le début », note Harm. « Nous avons prouvé que c’était réalisable, mais la montée en volume exigera des innovations tout au long de la chaîne de valeur, depuis les pratiques de démolition jusqu’au suivi numérique de la provenance des matériaux. »

Le projet souligne également l'importance de la collaboration intersectorielle. Ingénieurs, architectes, chercheurs et fabricants doivent travailler de concert pour élaborer des normes, des outils et des systèmes qui soutiennent la circularité sans compromettre la performance.

Concevoir pour pouvoir démonter

La prochaine phase du projet Woodcircles se concentre sur la conception pour la fabrication, l'assemblage et le démontage (DFMAD), un concept qui permet de démonter et de réutiliser les bâtiments avec un minimum de déchets. Stora Enso collabore avec Waugh Thistleton Architects et d'autres partenaires afin de développer un système constructif en bois, basé sur des composants standardisés, réutilisable sur plusieurs cycles de vie.

« D'octobre 2025 au printemps 2026, nous collaborerons avec Stora Enso et d’autres partenaires du consortium, ainsi qu’avec les villes de Turin, Rotterdam et Tartu, pour construire le premier démonstrateur de bâtiment DFMAD, réalisé à partir des panneaux CLT en bois de réemploi. Ce démonstrateur mettra en lumière des matériaux bois recyclés à haute valeur ajoutée et démontrera les bénéfices des systèmes constructifs adaptables et réutilisables. », a déclaré Kirsten Haggart, de Waugh Thistleton Architects. Une fois achevée, la structure fera le tour des villes partenaires, servant de vitrine mobile à la conception circulaire en bois. 

« Pour prouver le concept de revalorisation des déchets bois, le parcours a débuté au Danemark, s’est poursuivi en Autriche, et se prolongera grâce à la collaboration avec nos partenaires britanniques, pour aboutir à des bâtiments « de démonstration » en Italie, Estonie, et aux Pays-Bas. « Ce projet pilote ouvre la voie à notre initiative révolutionnaire de « Urban Sawmill » (Scierie urbaine), faisant de Woodcircles un modèle pour l’avenir de la construction durable », a déclaré María Teresa López Bertani, chargée de communication pour Woodcircles.

Les bâtiments de demain pourraient arriver déjà démontés — encore et encore.

La réussite de Stora Enso rappelle que la circularité dans la construction n’est pas un idéal lointain, mais un défi concret, réalisable grâce à la combinaison adéquate d’innovation, de collaboration et de persévérance.

« Nous sommes fiers d'avoir franchi cette première étape », déclare Harm. « Mais le vrai travail reste à venir : industrialiser le processus, affiner les technologies, et construire l’écosystème qui fera de la construction circulaire en bois la norme, et non plus l’exception. »

« Pour le secteur du bois massif, les implications dépassent largement la simple comptabilisation et le stockage du carbone. Alors que la demande en matériaux de construction durables ne cesse de croître, la capacité à récupérer le bois de construction issu des environnements urbains, considérant ainsi les villes comme des forêts secondaires, offre une réponse puissante. Non seulement cela permet de préserver les ressources, mais le réemploi du bois favorise également la biodiversité en réduisant la pression exercée sur les écosystèmes forestiers primaires. « Des projets tels que Woodcircles offrent un aperçu d'un avenir où les produits en bois d'ingénierie ne sont pas seulement renouvelables, mais également réutilisables », explique Essi Laapas, responsable du développement durable chez Stora Enso.

En savoir plus sur le projet.